Au 17 août 2026, les sondages d’intentions de vote les plus récents pour l’élection présidentielle des 18 avril et 2 mai 2027 ont tous été réalisés entre le 7 et le 10 juillet 2026 : ils mesurent un rapport de force à cette date-là, et les instituts qui les ont produits écrivent eux-mêmes qu’il ne s’agit pas d’une prévision du résultat.
Les sondages présidentielle 2027 sont commentés en boucle depuis le début du mois d’août. Pourtant, le registre public de la Commission des sondages ne contient, à ce jour, aucune enquête d’intentions de vote dont le terrain serait postérieur au 10 juillet 2026. Cet article n’établit aucun classement de candidats : il explique comment lire ces chiffres, avec quelles précautions, et à partir des notices techniques déposées par les instituts eux-mêmes.
En bref #
- Les cinq derniers sondages d’intentions de vote été 2026 ont été réalisés du 7 au 10 juillet 2026, juste après la déclaration de candidature de Marine Le Pen du 7 juillet.
- Les deux seules notices déposées en août 2026 portent sur des baromètres de personnalités, pas sur des intentions de vote : ce sont deux mesures différentes.
- Une hypothèse de candidature différente produit mécaniquement des chiffres différents : deux sondages ne se comparent jamais brut à brut.
- Les pourcentages publiés portent sur les suffrages exprimés : le blanc, le nul et l’abstention sont retirés du calcul, et leur poids varie fortement selon le scénario testé.
Ce que contient réellement le registre officiel au 17 août 2026 #
Tout sondage publié en lien avec le débat électoral doit faire l’objet d’une notice déposée auprès de la Commission des sondages, qui la met en ligne. Ce registre est donc la source la plus fiable pour savoir qui a interrogé qui, quand, et pour le compte de quel média. Voici les cinq dernières enquêtes d’intentions de vote pour 2027 qui y figurent, dans l’ordre de leur terrain :
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- Ifop pour LCI et Le Figaro — terrain du 7 au 8 juillet 2026, questionnaire auto-administré en ligne, 984 personnes inscrites sur les listes électorales extraites d’un échantillon de 1 075 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus (notice n° 10222).
- Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL — terrain du 7 juillet, après l’annonce du verdict du procès en appel de Marine Le Pen et sa déclaration de candidature au journal télévisé de TF1, au 8 juillet 2026, 1 592 inscrits issus d’un échantillon de 1 837 personnes (notice n° 10223).
- OpinionWay pour Les Échos et Radio Classique — terrain du 8 au 9 juillet 2026, 963 inscrits issus d’un échantillon de 1 042 personnes, recueil en ligne par système CAWI (Computer Assisted Web Interview, questionnaire auto-administré sur écran) (notice n° 10224).
- Verian pour le journal L’Hémicycle — terrain du 8 au 10 juillet 2026, 987 inscrits issus de 1 047 répondants, publication le vendredi 10 juillet 2026 (notice n° 10225).
- Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche — terrain du 9 au 10 juillet 2026, 1 503 personnes dont 1 390 inscrites sur les listes électorales, première publication le 11 juillet 2026 à 20 h 30 (notice n° 10226).
Cette liste dit déjà quelque chose d’important. Ces cinq enquêtes ont été menées dans une fenêtre de quatre jours, immédiatement après un événement judiciaire et une déclaration de candidature. Elles photographient donc un moment très particulier — ce que les instituts signalent d’ailleurs eux-mêmes dans leur méthodologie.
Intention de vote, cote de popularité, souhait de victoire : trois mesures que l’on confond #
C’est la confusion la plus fréquente dans les commentaires de sondages politiques France. Trois questions différentes produisent trois chiffres différents, qui ne se substituent jamais l’un à l’autre.
| Indicateur | La question posée | Ce qu’il ne mesure pas |
|---|---|---|
| Intention de vote | « Si le premier tour avait lieu dimanche prochain, pour lequel des candidats suivants voteriez-vous ? », posée aux seuls inscrits sur les listes électorales, dans une liste de noms fermée. | Le vote réel, et le comportement des personnes non inscrites ou qui ne se prononcent pas. |
| Cote de popularité ou image | « Avez-vous une image positive ou négative de cette personnalité ? », ou « lui faites-vous confiance ? », posée à l’ensemble de l’échantillon. | Le choix au premier tour : on peut avoir une bonne image d’une personnalité sans envisager de voter pour elle. |
| Souhait de victoire | « Qui souhaitez-vous voir gagner ? », indépendamment de son propre bulletin. | L’intention de vote déclarée, qui intègre le vote utile, l’offre disponible et la certitude d’aller voter. |
Pourquoi les deux sondages déposés en août ne sont pas des intentions de vote #
Au 17 août 2026, deux notices seulement ont été déposées pour le mois d’août, et aucune ne contient d’intentions de vote :
- un baromètre politique YouGov pour Le HuffPost, terrain du 3 au 5 août 2026 ;
- un baromètre des personnalités politiques Cluster17 pour Le Point, 1 601 personnes, dont le terrain a en réalité été réalisé du 27 au 28 juillet 2026.
Ce second exemple illustre un réflexe essentiel : un sondage se date par son terrain, pas par la date de l’article qui le commente. Une enquête interrogée fin juillet peut être publiée, reprise et commentée à la mi-août comme si elle décrivait la situation du jour.
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Si ces baromètres figurent au registre, c’est en vertu d’une décision récente : par un communiqué du 15 avril 2026, la Commission des sondages a estimé qu’à moins d’un an du premier tour, les enquêtes portant sur la popularité ou la notoriété des personnalités politiques entrent dans le champ de la loi du 19 juillet 1977 et doivent donc, elles aussi, faire l’objet d’une notice. Leur présence dans le registre ne les transforme pas pour autant en intentions de vote.
L’hypothèse de candidature : le paramètre qui interdit de comparer deux sondages #
Un institut ne teste jamais « la » présidentielle : il teste des scénarios électoraux, avec une liste de noms qu’il choisit. Les questionnaires déposés en juillet 2026 le montrent noir sur blanc. Elabe a soumis six configurations de premier tour, présentées aux personnes interrogées dans un ordre aléatoire. Toluna Harris Interactive a présenté quatre hypothèses en rotation aléatoire, après une première liste de référence. OpinionWay en a testé trois, également en rotation.
Concrètement, ajouter ou retirer un nom redistribue les réponses de l’ensemble de la liste. Un même terrain, un même jour, un même échantillon peut donc produire six résultats différents pour un même candidat. C’est pourquoi la comparaison d’un chiffre publié par un institut avec un chiffre publié par un autre n’a de sens que si les deux listes de candidats sont identiques — ce qui est rarement le cas. La rotation aléatoire des hypothèses sert précisément à éviter que l’ordre de présentation n’influence les réponses.
Marge d’erreur, quotas et redressement : lire la petite ligne #
Les instituts publient une table d’incertitude. Dans la notice d’OpinionWay, pour un échantillon de l’ordre de 960 personnes, un résultat mesuré à 30 % s’accompagne d’une marge de ± 2,9 points : la valeur réelle se situe, avec 95 % de confiance, entre 27,1 % et 32,9 %. À 50 %, la marge est de ± 3,2 points. Autrement dit, un écart de deux points entre deux candidats mesurés dans la même enquête n’est pas interprétable comme un écart réel.
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Il faut y ajouter une nuance que les instituts signalent eux-mêmes. Toluna Harris Interactive écrit dans sa notice de juillet 2026 : « Si le calcul de l’intervalle de confiance concerne les sondages réalisés avec la méthode aléatoire, il est communément admis qu’il est proche pour les sondages réalisés avec la méthode des quotas. » La méthode des quotas consiste à construire un échantillon dont la structure reproduit celle de la population — sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région, taille d’agglomération — plutôt qu’à tirer les personnes au hasard.
Deux autres opérations méritent l’attention du lecteur. Le redressement d’abord : Verian indique avoir procédé à un redressement sociodémographique sur données de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) et à un redressement politique fondé sur la reconstitution des votes au premier tour de 2022 et aux élections européennes de 2024. La base de calcul ensuite : les instituts interrogent un échantillon large, puis ne retiennent que les personnes inscrites sur les listes électorales. Chez Verian, 987 personnes sur 1 047 ; chez Ifop, 984 sur 1 075 ; chez Elabe, 1 390 sur 1 503. Le pourcentage publié porte sur ce sous-échantillon, pas sur l’ensemble des personnes interrogées.
Ce que le pourcentage publié laisse de côté #
C’est probablement le point le plus systématiquement absent des commentaires. Les scores publiés sont calculés sur les suffrages exprimés : les personnes qui déclarent voter blanc ou nul, ou s’abstenir, sont retirées du calcul. Leur poids est loin d’être négligeable, et il varie fortement selon l’hypothèse testée.
La notice de Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL (terrain du 7 au 8 juillet 2026, 1 592 inscrits) publie ces proportions pour trois hypothèses de second tour :
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- hypothèse Jean-Luc Mélenchon – Marine Le Pen : 26 % de vote blanc ou nul, 8 % d’abstention déclarée ;
- hypothèse Gabriel Attal – Marine Le Pen : 19 % de vote blanc ou nul, 6 % d’abstention déclarée ;
- hypothèse Édouard Philippe – Marine Le Pen : 16 % de vote blanc ou nul, 6 % d’abstention déclarée.
Dans la première configuration, plus d’un tiers des personnes inscrites interrogées ne choisissent donc aucun des deux noms proposés. Le rapport « 45 / 55 » que l’on lit ensuite est calculé sur les deux tiers restants. Ce chiffre n’est pas faux : il répond simplement à une question plus étroite que celle que le lecteur croit lire. La participation électorale et le profil des abstentionnistes restent, à ce stade, les inconnues les moins bien mesurées.
Le rôle de la Commission des sondages #
La Commission des sondages est l’autorité instituée par la loi n° 77-808 du 19 juillet 1977, profondément modifiée par la loi n° 2016-508 du 25 avril 2016. Cette réforme a introduit dans la loi la définition du sondage, étendu son champ à tout sondage portant sur le débat électoral, complété la liste des mentions devant accompagner la publication des résultats et celle des informations devant figurer sur la notice, et prévu la mise en ligne de ces notices. Un institut doit s’être déclaré préalablement auprès de la commission (article 7), et la notice doit être déposée (article 3).
Ce contrôle n’est pas théorique. Le 10 juillet 2026, la commission a rendu une mise au point concernant une enquête publiée le 4 juin 2026 par un site d’information, qui testait des intentions de vote au premier tour et huit hypothèses de second tour. Elle a relevé que l’enquête n’avait pas été réalisée par un institut déclaré, que la notice n’avait pas été déposée, que l’échantillon s’écartait significativement de la structure sociodémographique établie par l’INSEE sans avoir fait l’objet d’un redressement — en méconnaissance de l’article 2 du décret n° 80-351 du 16 mai 1980 —, et que de nombreuses questions d’opinion posées avant les questions d’intentions de vote étaient susceptibles d’introduire un biais dans les réponses, contrairement à l’exigence d’absence d’orientation des questions de l’article 3 du même décret. La commission a ordonné la publication de sa mise au point sur le site concerné.
Pour le lecteur, la conséquence est pratique : un « sondage » qui ne renvoie pas à une notice consultable sur le site de la commission n’offre pas les garanties prévues par la loi. Ce cadre juridique s’inscrit dans le fonctionnement plus large de nos institutions de la Ve République, où l’encadrement de l’information électorale relève d’autorités dédiées.
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Ce que valaient les sondages à un an du scrutin de 2022 #
Le rappel historique n’est pas un procès des instituts : il donne une échelle. Dans un article publié le 6 avril 2026, LCP – La Chaîne parlementaire a recensé ce que disaient les enquêtes un an avant la présidentielle de 2022.
Un sondage Ifop-Fiducial publié le 11 avril 2021 plaçait Marine Le Pen en tête du premier tour avec 27 % des voix, un point devant Emmanuel Macron. Au soir du premier tour de 2022, c’est le président sortant qui est arrivé en tête, avec près de 28 % des voix contre 23 % pour Marine Le Pen. Dans ce sondage et dans une enquête Elabe publiée le 14 avril 2021, Jean-Luc Mélenchon était mesuré à 11 % d’intentions de vote ; il a finalement obtenu près de 22 % des voix, soit le double. Valérie Pécresse, estimée dans une fourchette de 9 à 13,5 %, a réuni 4,8 % des suffrages.
Le même article note l’inverse pour le second tour : les enquêtes d’avril 2021 avaient bien identifié le duel final et son vainqueur, mais sous-estimé l’écart. Le sondage Ifop-Fiducial donnait 54 % contre 46 % ; le résultat du 24 avril 2022 a été de 58,5 % contre 41,5 %. Les enquêtes menées très en amont se sont donc révélées plus robustes sur la structure du scrutin que sur le niveau de chaque candidat. Le face-à-face du second tour de 2022 illustre à quel point la dernière ligne droite pèse sur les équilibres mesurés un an plus tôt.
Comment lire un sondage en 5 réflexes #
- Chercher les dates de terrain, pas la date de l’article. Un écart de trois semaines entre les deux est courant.
- Identifier l’institut et le commanditaire. Les deux doivent être cités : c’est une obligation légale de publication.
- Lire la liste des candidats testés. Si elle diffère d’un sondage à l’autre, les chiffres ne se comparent pas.
- Rapporter la marge d’erreur à l’écart mesuré. Sur environ 1 000 personnes, un écart de deux ou trois points n’est pas concluant.
- Vérifier la base de calcul : inscrits ou ensemble des interrogés, et quelle part de blancs, nuls et abstentionnistes a été retirée.
Un sixième réflexe, plus simple encore : vérifier de quel indicateur on parle. Une image positive, une cote de confiance et une intention de vote sont trois chiffres distincts, et ils ne bougent pas ensemble. Les arbitrages budgétaires et parlementaires, comme ceux du débat budgétaire 2026 à l’Assemblée nationale, font d’ailleurs partie des séquences qui déplacent les cotes de popularité sans nécessairement déplacer les intentions de vote.
À retenir #
Une intention de vote n’est pas une prévision. L’Ifop l’écrit dans sa notice de juillet 2026 : les enseignements d’une enquête « reflètent un état de l’opinion à l’instant de sa réalisation et non pas une prédiction ». Verian formule la même réserve : « Les intentions de vote reflètent un équilibre des forces à un instant précis. Elles ne doivent en aucun cas être interprétées comme des prédictions des résultats électoraux. »
Au 17 août 2026, à huit mois du premier tour, les données disponibles datent de la première quinzaine de juillet. Trois paramètres — l’hypothèse de candidature retenue, la marge d’erreur et la part de blancs, nuls et abstentionnistes retirée du calcul — suffisent à expliquer l’essentiel des écarts observés entre deux enquêtes.
Questions fréquentes #
Pourquoi deux instituts publient-ils des chiffres différents la même semaine ?
Parce qu’ils ne posent pas la même question. Les listes de candidats testées diffèrent, les dates de terrain diffèrent, les critères de quotas et les redressements diffèrent, et la base de calcul (ensemble des interrogés ou seulement les inscrits sur les listes électorales) peut varier. Ces écarts sont documentés dans les notices déposées à la Commission des sondages.
Un sondage publié en août 2026 décrit-il l’opinion d’août 2026 ?
Pas nécessairement. Le baromètre Cluster17 pour Le Point dont la notice a été déposée en août 2026 a été réalisé du 27 au 28 juillet 2026. La seule date qui compte pour situer une enquête est celle de son terrain, indiquée dans la notice.
Quand aura lieu l’élection présidentielle de 2027 ?
Le premier tour est fixé au dimanche 18 avril 2027 et le second tour au dimanche 2 mai 2027. Au 17 août 2026, il reste donc environ huit mois avant le premier tour, et la liste officielle des candidats ne sera arrêtée par le Conseil constitutionnel qu’après vérification des parrainages, dans les semaines précédant le scrutin.
Sources : notices techniques déposées à la Commission des sondages (n° 10222 Ifop pour LCI et Le Figaro, n° 10223 Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL, n° 10224 OpinionWay pour Les Échos et Radio Classique, n° 10225 Verian pour L’Hémicycle, n° 10226 Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche, n° 10237 Cluster17 pour Le Point, n° 10238 YouGov pour Le HuffPost) ; communiqué de la Commission des sondages du 15 avril 2026 et mise au point du 10 juillet 2026 ; loi n° 77-808 du 19 juillet 1977 modifiée par la loi n° 2016-508 du 25 avril 2016 et décret n° 80-351 du 16 mai 1980 ; LCP – La Chaîne parlementaire, « Présidentielle : que disaient les sondages à un an du premier tour lors des précédentes élections ? », 6 avril 2026. Article mis à jour le 17 août 2026.
Plan de l'article
- En bref
- Ce que contient réellement le registre officiel au 17 août 2026
- Intention de vote, cote de popularité, souhait de victoire : trois mesures que l’on confond
- Pourquoi les deux sondages déposés en août ne sont pas des intentions de vote
- L’hypothèse de candidature : le paramètre qui interdit de comparer deux sondages
- Marge d’erreur, quotas et redressement : lire la petite ligne
- Ce que le pourcentage publié laisse de côté
- Le rôle de la Commission des sondages
- Ce que valaient les sondages à un an du scrutin de 2022
- Comment lire un sondage en 5 réflexes
- À retenir
- Questions fréquentes